Femmes, Politique et réligion
  • Publier le: 04 avril 2017

Historiquement religion et démocratie n’ont pas toujours fait bon ménage. Que ce soit Dans les démocraties occidentales ou africaines, la religion a souvent été perçue comme un facteur entravant la participation politique des citoyens. Cette situation est résumée par la célèbre formule de Karl Marx d’après laquelle, «la religion est l’opium du peuple ». Autrement dit, la religion constitue une sorte de placebo, un refuge consolateur et anesthésiant.

En Afrique, au sud du Sahara, région où les régimes dictatoriaux ont eu droit de cité jusqu’au vent de démocratisation intervenu dans les années 1990, l’on a souvent accusé la religion de constituer un soutien pour les pouvoirs en place afin de maintenir l’ordre établi. D’un autre côté, La religion et les traditions religieuses jouent depuis longtemps un rôle important dans la forme prise par la politique et la vie publique d’un grand nombre de pays d’occidents, d’Afrique et plus précisément du Cameroun. La religion n’a pas le même impact sur la vie publique dans tous les pays. Nombreux sont les pays dans lesquels cet impact a beaucoup varié tout au long de l’histoire.  Le Cameroun a une superficie de 475650 km2 pour une population estimée à 20,4 millions d’habitants. Les Chrétiens représentent 69 % de la population, contre 21 % pour les Musulmans et 6 % pour les animistes. Parmi les groupes religieux constituant moins de 5 % de la population, on compte les Juifs orthodoxes, les Baha’is et les personnes qui ne s’identifient à aucune religion. La population chrétienne se répartit entre Catholiques romains (38,4 % de la population totale), Protestants (26,3 %) et autres confessions chrétiennes (dont les Témoins de Jéhovah) (4 %). L’État a généralement respecté la liberté de religion, tant en droit que dans la pratique. Selon les deux études menées pendant plus de cinq ans à travers le monde et dirigées par la sociologue Jacqueline Heinen, les droits des femmes seraient plus restreints dans les pays où autorités religieuses et instances politiques sont liées d’une manière ou d’une autre. Ces études soulignent aussi un point surprenant : la place occupée par la religion dans le champ politique n’a cessé de s’affirmer ces dernières décennies, la problématique posée dans le cas d’espèce est celui du poids de la religion sur la participation politique des femmes au Cameroun ?  Si, dans un pays, le clergé d’une institution religieuse refuse aux femmes d’accéder à des postes à responsabilités dans le secteur religieux, cette attitude sert-elle de modèle et limite-t-elle le rôle joué par les femmes dans la vie politique et publique ?

Le rejet de la politique par les pratiquantes religieuses

 

Le contexte anthropologique et socio-culturel. A l’observation de la société camerounaise, il se trouve que les femmes croyantes elles-mêmes n’osent pas s’affirmer au plan politique, bien qu’étant quelques fois très instruites (Chrétiennes, Musulmanes, Témoins de Jehovay, orthodoxes, etc). Elles ont une pensée très mystique de la politique et la prise de décision qu’elles considèrent d’ailleurs comme la « sorcellerie, des réseaux sectaires … » pour ces femmes traditionnalistes et croyantes, s’intéresser à la politique serait en quelque sorte tenir tête, se comparer à l’Homme, au mari chef de famille qui prend les commandes en tout temps.

Le refus du clergé d’une religion, de promouvoir des femmes à des postes à responsabilités révèle que la collectivité en question n’est probablement pas prête à accepter des femmes dans la vie politique et publique. Simultanément, les quelques femmes qui sont politiquement actives ne sont pas prises au sérieux par les dirigeants politiques ni l’homme de la rue, la cause étant qu’elles sont malheureusement victimes des traditions ancestrales. Pourtant, l’impact de la religion sur la participation politique des femmes ne serait pas une mauvaise chose en soi.

 L’engagement politique : L’engagement citoyen.

« Tout comme le monde a commencé à changer sur le plan politique, social et culturel dans le but de permettre aux femmes de prendre la place qui leur revient de droit et tout comme nous, les femmes, utilisons ce changement comme un baromètre, nous devrions commencer à contester les institutions religieuses qui exercent une discrimination à l’égard des femmes. » (Williams, M. Expert Opinion,2009).

Certaines institutions religieuses sont plus ouvertes à la participation des femmes, à leurs structures et sont prêtes à leur donner un plus important. Pamela Paxton et Melanie Hughes estiment que, outre le système électoral et les processus politiques en vigueur dans un pays, la religion dominante du pays a souvent influé sur le développement et le succès rencontré par la première vague des mouvements de femmes. Dans leur analyse, elles indiquent que, dans les pays dans lesquels le protestantisme domine sur le plan religieux, les femmes ont voté et ont été représentées dans la vie politique plus tôt que dans les pays à dominante catholique et/ou islamique. Parmi les raisons citées pour expliquer le motif pour lequel la religion protestante pourrait avoir encouragé les femmes à prendre part à la vie politique, Hughes et Paxton mettent en avant la philosophie du protestantisme, qui met l’accent sur les notions de droits et responsabilités de l’individu, et plus particulièrement l’éducation et l’individualisme des deux sexes.  Les pays dans lesquels les institutions religieuses jouent un rôle important dans l’élaboration de la politique nationale et internationale, la représentation des femmes au sein de ces institutions peut être considérée comme une forme de participation politique.

L’Eglise pentecôtiste africaine offre un autre exemple de religion œuvrant en faveur de la participation des femmes à ses structures. Selon Charlotte Spins, les femmes africaines sont attirées par cette religion car elles rejettent le statu quo socioculturel en tentant de faire sortir certains groupes, parmi lesquels les femmes, de la marginalisation dans laquelle la maintiennent certaines sociétés « patriarcales ». D’après elle, cette forme de chrétienté prêche également la prospérité individuelle, qui légitime l’ambition des jeunes femmes désireuses de briser les entraves traditionnelles pour bénéficier de l’indépendance financière, sociale et politique. Mme Spinks relève également que, alors qu’un grand nombre d’Eglises et de cultures traditionnelles africaines adoptées par le plus grand nombre protègent la suprématie des hommes et des anciens, les Eglises pentecôtistes encouragent les femmes et les jeunes à exercer des responsabilités (Spinks, C.pp. 22-26,2003).

Dans la même logique, dans notre contexte actuel, plusieurs femmes de pouvoir bien qu’étant très pieuses influencent le changement, nous avons l’exemple des Pasteurs qui, au même moment qu’elles prêchent l’évangile, sensibilisent leurs pairs à exercer leur devoir de citoyennes en participant massivement à la politique de leur pays, une illustration de YOUSSOUF HADJIDJA, Ministre de l’éducation de base au Cameroun dont la religion musulmane à laquelle elle appartient ne l’empêche en rien de prendre des décisions au sein de son département ministériel et qui de ce fait influe sur l’administration camerounaise dans son ensemble, nous avons aussi des acteurs de la société civile, entre autres la Coordonnatrice du réseau social More Women in Politics ,dont le but est d’encourager et promouvoir le leadership féminin et l’autonomisation économique de la femme…bien qu’occupant plusieurs postes de leadership, est aussi très engagée à l’église Evangélique du Cameroun, sa Foi chrétienne ne l’empêche en rien d’apporter sa touche aux prises de décisions visant à influencer le changement, et cela ne les empêche en rien d’être des mères et femmes au foyer remarquables, tout au contraire cette dichotomie (religion et politique) font d’elles des modèles. Ni la Bible, ni le Coran ne proscrivent en rien l’implication de la participation politique des femmes, c’est plutôt très encouragé. Il est à noter que la liste est loin d’être exhaustive, vu qu’il est juste question d’apporter des éléments essentiels dans le cadre de notre analyse.

L’importance de la religion dans la politique

(Eléments essentiels à prendre en considération pour une meilleure compréhension de l’impact de la religion sur la politique féminine)

L’implication des femmes dans la religion les oriente à avoir une grande capacité de travail, et l’organisation est d’une évidence à crever les yeux car en gérant bien les hommes, elles font la volonté de DIEU et de ce fait ont une place assurée au paradis : Elles sont éducatrices, infirmières, ménagères, décoratrices, comptables (souvent, tout cela à la maison), mais de plus en plus professeur d’université, dans les Forces armées, créatrices et chef d’entreprise, leader de la société civile, acteur politique au sommet de l’Etat, chef traditionnel etc. Il leur appartient désormais d’être de plus en plus solidaires pour arriver à faire reconnaître leurs qualités qui sont une richesse pour notre monde. Elles ont commencé à créer des réseaux de solidarité où elles peuvent réfléchir sur ces questions afin de changer leur quotidien et agir au niveau de nouveaux rapports hommes-femmes, au niveau de vos foyers, de l’Eglise, au niveau de la société à réinventer.

Les chercheuses et les expertes indiquent que l’exclusion des femmes de la structure de direction des institutions religieuses peut constituer un précédent débouchant sur l’exclusion des femmes de la vie politique. Certaines religions envoient des signaux positifs concernant le rôle et le statut des femmes en défendant leurs intérêts et leurs droits au sein de la collectivité et dans la religion. En outre, certains groupes religieux ont commencé à promouvoir la participation des femmes à la vie politique afin d’améliorer leurs propres perspectives électorales. Les institutions religieuses tout comme les partis politiques jouent un rôle important dans l’élaboration de normes sociales favorables à ce que les femmes tiennent un rôle de dirigeantes dans la vie publique et propices à l’élimination des stéréotypes nuisant aux femmes engagées dans la Politique.

ELISE TSAFACK

                                                      Secrétaire Générale More Women in Politics

Démocratie au Féminin

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